Les points forts de l'intervention de Dominique de Villepin sur "Europe 1" retranscrits par l'équipe du blog

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 Réécoutez l'intervention de Dominique de Villepin sur Europe 1:

 


Extraits de l’entretien accordé par Dominique de Villepin à Europe1 ce matin :

Sur la fusion GDF/Suez :

JPE : Suez et GDF annonce leur mariage officiel. Nicolas Sarkozy a donc réussi à unir le couple dont vous aviez célébré il y a 18 mois les fiançailles. Qu’est-ce que vous pensez de cet accord ?

DDV : Je pense que c’est une très bonne nouvelle et c’est un très bel accord qu’a réalisé Nicolas Sarkozy. J’avais conçu ce projet comme vous l’avez dit il y a maintenant un certain nombre de mois avec une idée simple, c’est que nous avions besoin dans le domaine du gaz, dans le domaine énergétique, d’un autre grand groupe français. Thierry Breton a fait un travail formidable, pendant de très longs mois, mobilisant les parlementaires, expliquant à l’opinion, rencontrant chacune des parties et il a permis de boucler un projet. Nous n’avons pas, en quittant Matignon, en quittant les affaires, nous n’avons pas signé le décret parce que nous ne voulions pas imposer un schéma qui faisait l’objet de discussions, voire de contestations, aux uns et aux autres et certainement pas au Président de la République et au nouveau gouvernement.

JPE : Dominique de Villepin, est-ce que quelqu’un vous a téléphoné pour vous annoncer l’accord (Suez/Gaz de France)?

DDV : Non, personne ne m’a téléphoné mais je ne l’attendais pas non plus. Vous savez la politique est ainsi faite ; chacun joue son rôle. Il y a une sorte de passage de témoin. Thierry Breton s’est emparé du dossier une fois l’idée lancée. Nicolas Sarkozy a repris le bâton, il a marqué l’essai : bravo.

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Au sujet de la nécessité de l’existence de résultats pour notre pays ainsi que du débat d’idées politique :

DDV : Les résultats que nous aurons ou que nous n’aurons pas dans 3 mois se gagnent aujourd’hui et c’est pour cela que je suis exigeant dans la nécessité du débat.

DDV : Il y a plus d’idées dans plusieurs têtes que dans une tête, alors il faut se mettre autour d’une table et que chacun apporte sa contribution

JPE : Quand vous dites : « il faut des résultats », les proches de l’Elysée vous ont déjà répondu : « les conseilleurs ne sont pas les payeurs, nous on a les mains dans le cambouis et pas d’autres.»

DDV : Je ne répondrai pas à de telles réactions. Il est normal que certains se crispent et n’aient pas le sang froid suffisant pour comprendre ce que je veux dire. Ils me connaissent, ils savent que je ne fais pas de politique politicienne et que les batailles de demain se gagnent aujourd’hui. Je veux avoir une vision constructive. Je veux apporter l’expérience qui est la mienne et je veux aider à faire en sorte que notre majorité puisse ne pas décevoir les Français.

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Au sujet du rôle qu’il entend jouer :

DDV : « Je crois que le rôle d’un politique c’est de travailler en conscience, c’est, fort de l’expérience qui est la sienne, de donner le meilleur de lui-même. Sur la politique étrangère je crois qu’il y a des dossiers où nous pouvons faire mieux. C’est vrai par exemple que j’ai été, pour ma part, blessé de certains propos qui ont été tenus à Dakar sur l’homme africain qui n’entrerait pas suffisamment dans l’avenir… »

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Au sujet des relations de la France avec l’administration américaine :

DDV : « Sur les Etats-Unis avançons les yeux ouverts. Donner une caution, aujourd’hui, à l’administration Bush sur l’Irak ou sur beaucoup d’autres sujets ce serait une erreur monumentale. Il faut être lucide, il faut être exigeant. Parlons avec Georges Bush mais parlons à partir d’une exigence : quand je dis que pour avancer en Irak il faut un préalable, un vrai gouvernement d’union nationale et qu’il faut par ailleurs un vrai calendrier de retrait des troupes américaines parce que c’est la condition d’une véritable avancée, je dis que si nous ne le faisons pas nous mettons la main dans la porte et que non seulement nous n’apportons pas de contribution utile, mais NOUS PRENONS DES RISQUES POUR NOTRE SECURITE ! »
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Au sujet du rôle du secrétaire général de l’Elysée :

A la question que lui pose JPE sur le fait que « le secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant s’exprime publiquement et souvent avant le Premier ministre François Fillon » :

DDV : Je pense qu’il y a un double risque : l’expression politique doit être celle de ceux qui sont responsables politiques. Quand le Premier ministre s’exprime, eh bien il est responsable devant l’Assemblée Nationale. Quand le secrétaire général de l’Elysée s’exprime, il n’est responsable devant personne. Il est peut-être le plus proche collaborateur du Président de la république mais il n’a pas de légitimité politique. Deuxièmement, quand vous vous exprimez depuis l’Elysée et que vous n’êtes pas le Président de la République, c’est très bien quand tout va bien ; je dirais même c’est facile. Quand les choses deviennent difficiles et nous le savons tous, elles deviennent rapidement et souvent difficiles quand on est Président de la République, alors l’expression d’un secrétaire général de l’Elysée devient fort embarrassantes ! Je pense que cela mérite une solide réflexion sur nos institutions, sur le rôle de chacun, et que dans un état de grâce il peut être tentant pour chacun de s’exprimer, cela peut être beaucoup plus délicat dans d’autres circonstances.
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Sur le livre « le soleil noir de la puissance » paru chez Perrin :

JPE : Je l’ai lu à fond, c’est, précis, profond, documenté accompagné de notes importantes et utiles. L’ensemble est réussi, avec du souffle

Sur l’affaire Clearstream :

DDV : J’ai toujours été guidé tout au long de mon engagement politique par l’esprit de mission. J’ai accepté des missions, je n’ai jamais voulu faire une carrière. Et c’est là où l’affaire Clearstream que vous mentionnez est profondément injuste parce que cette affaire, depuis, j’allais dire presque le premier jour, a été encodée avec une idée qu’il y avait une manipulation politique de ma part, qu’il y avait une victime, une partie civile, Nicolas Sarkozy. Eh bien je dis : c’est faux ! Dire qu’il y a une thèse politique, dire qu’il y a une motivation politique, c’est un mensonge. Je crois que cela a profondément instrumentalisé l’instruction, voire les magistrats qui enquêtent sur ce sujet. Je pense que cette thèse politique a profondément imprimé les esprits, et je pense que cette thèse politique est fausse.

DDV : Je veux la vérité, je veux la justice et je veux réparation non pas pour moi-même, je ne le veux pas pour moi ; je ne mets pas mon honneur à ce niveau là, dans les affaires aussi viles. Je me bats parce que j’ai une certaine idée de la justice, une certaine idée de la vérité et de l’Etat de droit et que je crois que dans notre pays nous ne pouvons pas accepter des mensonges, des comportements qui infléchissent ainsi le cours de la justice

DDV : « je ne suis pas quelqu’un qui ait jamais revendiqué le statut de victime. Je ne suis pas quelqu’un qui s’est jamais plaint. Je suis quelqu’un qui a toujours assumé ses responsabilités et j’ai une idée de la politique : quand je pense quelque chose eh bien, je le dis. Je ne me sers pas de moyens détournée, je ne me sers pas de moyens camouflés. J’assume ce que je fais. Je n’ai rien à cacher dans ce dossier !

DDV : Nous sommes là, M Elkabbach, et je n’entrerai pas dans le détail parce que je le ferai avec les magistrats le 13 septembre, au cœur du mystère dont j’ai parlé. L’affaire a démarré autour d’un rapport qui aurait innocenté Nicolas Sarkozy et qui, très tôt, aurait permis d’éviter que cette affaire ne dérape. Il n’y a jamais eu de rapport ; nous le savons aujourd’hui, la justice le sait, et cela a été dit. »

DDV : « Monsieur Elkabach, je vous ai dit, qu’il n’y avait jamais eu d’enquête, qu’il n’y a jamais eu de rapport de la DST. Comment voulez-vous que j’évoque un rapport qui n’existe pas ? Et le procès d’intention qui a été fait au ministère de l’intérieur à l’époque, était un faux procès. » Pourquoi Nicolas sarkozy n’a pas été prévenu ? Quand nous avons su que son nom était cité, j’en ai parlé au Président de la République. Le Présidsent de la République m’a dit c’est à Dominique Perben, Garde des sceaux d’informer Nicolas Sarkozy, c’est ce qui a été fait ! 

DDV : Je répondrai à l’ensemble des questions parce que je ne revendique aucun privilège dans cette affaire. Je répondrai comme n’importe quel citoyen et je peux vous dire, Monsieur Elkabbach, que le 13 septembre la vérité fera un grand pas en avant

JPE : D’autres pourraient le décidez, de vous envoyer devant la Cour de justice de la République, le Parquet, la Chancellerie, Rachida Dati ou peut-être même plus haut.

DDV : Chacun prend ses responsabilités. Moi je le dis : j’ai agi comme ministre. Je veux que l’instruction puisse avancer vite et je veux non seulement que l’instruction fasse justice mais je veux comprendre comment dans ce dossier il y a pu avoir une instrumentalisation, et comment on a pu peser sur le cours de la Justice. »

DDV : Je trouve tout à fait bien que Nicolas Sarkozy soit partie civile dans ce dossier. Je souhaite simplement que les conditions nécessaires d’un Etat de droit soient remplies. Comment peut-on être partie civile alors qu’on est Président de la république, Président du conseil supérieur de la magistrature, qu’on peut se tenir jour après jour informé d’un dossier, y compris de ce qui n’est pas dans ce dossier et qu’on peut donner des instructions à la Chancellerie et au Parquet. Donc je demande que les conditions soient réunies pour que la sérénité soit remplie dans ce dossier ; je ne suis pas sûr, pour tout vous dire, que ce soit le cas.

JPE : En attendant vous faites l’expérience que d’autres ont connu avant vous, peut-être même d’ailleurs Nicolas Sarkozy et d’autres, la solitude, le rejet, peut-être l’honneur blessé ? C’est donc une épreuve ?

DDV : c’est une épreuve et j’en ai connu beaucoup dans ma vie. Vous savez personne n’a le monopole de ce genre de douleur. L’important c’est de rester serein. L’important c’est de ne pas céder à la tentation de bouc émissaire. L’important c’est de n’éprouver ni ingratitude ni rancœur et je crois que c’est l’état d’esprit qui est le mien aujourd’hui. »

JPE : Et après que ferez-vous ?

DDV : Je vais d’abord me battre. Je pense que c’est un combat important pour notre pays ; Pour que nous ayons une Justice indépendante.

JPE : Et après :

DDV : Après nous verrons, Jean-Pierre Elkabbach. Vous me réinviterez et je vous en parlerai »

Source: L'équipe du blog "halte au complot"

Publié dans Rendez-vous

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mataty 03/09/2007 18:09

La CJR aurait abouti forcement a un non lieu parce que la vraie histoire CLEARSTREAM touchent de hauts personnages de droite et de gauche (rétro-commissions dans les frégates de Twaiman et dans le kuwait gate : gouvernement 1989-1993). D'après, un article du nouvel Obs du 2.8.2007, les juges en perquisitionnant, dans le cadre d'une autre affaire, une armoire à la DGSE ont trouvé 2CDROM datant d'avant 2004 représentant les listings de CLEARSTREAM qui d'après l'article ont été falsifiés par la DGSE elle-même pour les besoins d'une autre affaire.
Quand la DGSE joue les "barbouzes" on est en droit de se poser la question "QUI et POURQUOI"

Thomas64 03/09/2007 17:20

Mais où sont donc les vrais listings?
N'est ce pas ça qui devrait compter?
L'affaire Clearstream n'est elle tout simplement pas un leurre pour masquer des magouilles plus grosses compromettant certaines hautes, et très hautes personnalités actuelles?
Voila les questions importantes...
Mais qui donne les réponses?

Alain 03/09/2007 16:47

DDV démontre une belle logique pragmatique et intellectuelle.
Tout cela, j'espère, se terminera bien pour lui.

FH 03/09/2007 15:23

Les révolutions ont toujours débutée dans un coin de table mais avec des idées qui ont un sens.Voila ce que nous propose Dominique De Villepin du SENS et certainement pas du VENT comme peuvent le faire d'autres, c'est ce qui explique qu'il soit aussi dangereux...
J'ai entendu ici et là des commentaires du genre "après clearstream il sera mort politiquement" et bien c'est tout l'inverse il est libre et peut maintenant s'exprimer,il n'est plus bridé.Il nous manque cependant dans notre jeu une pièce maitresse c'est monsieur Juppé il nous le faut ...
Quoi qu'ils en pensent, ils sont complémentaires et ont un code d'honneur tous les deux.

mathilde 03/09/2007 14:08

Diviser pour mieux rêgner, cela a réussi au président nouvellement élu.
Si cela a enfin permis de dégager les extrêmes de droite et de gauche, cela est très satisfaisant.
Que cette même division ait tellement bien réussie au point de faire imploser et exploser, cela est déjà beaucoup moins acceptable pour un état de droit.
Que celui qui continue à diviser pour mieux museler, ses amis, sa famille politique, et la famille politique de l'opposition au point de vouloir la reconstituer, cela est carrément anti-démocratique.
Tout cela ne peut être en aucun cas au goût et acceptable pour Dominique de Villepin qui incarne bien mieux qu'un simple poil à gratter : il est l'espoir, l'alternative, le défenseur de la république.
Le gouvernement en place surfe sur l'immense travail abattu par D2V. Les résultats actuels ne sont que la suite logique du gouvernement Villepin.
La fusion GDF/Suez qui a été tellement reniée par le locataire de l'Elysée, il ne peut ne pas la faire.
On ne peut s'ébrouer tout les jours dans tous les chantiers médiatisés, fais divers, pour faire peuple, sans flirter sans cesse avec le populisme.
Quel OUF de soulagement que de voir D2V parler ouvertement, sans attaques stériles, mais avec une critique constructive et insoumise. Les journaux devenus propagandistes oseront-ils seulement inviter D2V.
Elkabach peinait à suivre notre D2V ce matin. Difficile de l'empêcher de dire ce que D2V était décidé à dire, à faire.
Formidale les parallèles (à lire entre les lignes) entre le Napoléon de 1806 et le nouvellement intrônisé du Faubourg Saint Honoré : similitudes entre apogée, tocs et tics.
Pour l'inévitable chute, il n'y aura pas d'île d'Elbe ou de Ste-Héllène, mais avec certiture l'île de Manhattan ou Martha's Vineyard.
Pour l'heure, il est apréciable que ce gouvernement continue à surfer sur la base de D2V, car il ne peut tout simplement faire autrement sans créer des dégâts irréparables, et irrattrapables. Il n'y a pas 36 voies pour s'en sortir par le haut !!!
Peut-être que nous n'aurons en définitive pas à attendre des années pour voir le travail, l'intégrité, l'intelligence, l'humanisme, de Dominique de Villepin, reconnus !