Extraits de l'entretien accordé par Dominique de Villepin à France culture, le lundi 24 septembre

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Retranscription d’une partie (seulement) de l’émission à laquelle a participé Dominique de Villepin sur France Culture. Vous y trouverez, une nouvelle fois, des analyses inspirées par la sagesse que confère l’expérience, mais aussi la sérieuse connaissance de l’Histoire : à consommer sans modération !

Ali Baddou : « Si l’on considère qu’on est Européens, Dominique de Villepin, et qu’on considère ce qu’est la figure de Napoléon chez nos voisins Britanniques, Espagnols, Belges ; c’est plutôt un repoussoir ? »
 
DDV : « Ah je ne dirais pas ça. Je pense même qu’il y a aujourd’hui en Europe, très souvent une plus grande fascination pour Napoléon en dehors de nos frontières, qu’en France (…) Parce qu’il a quand même apporté des fondamentaux : le Code Civil qui s’est exporté, des fondations. La figure de Napoléon dépasse et de loin nos frontières. On la retrouve très vivante aux Etats-Unis et au Canada et dans beaucoup d’autres endroits (…) Certains hommes arrivent à apprivoiser ce torrent de l’histoire et c’est le cas de Bonaparte qui prend les choses en main, parvient à doter la France d’un gouvernement, qui parvient à doter la France de nouvelles fondations après l’effondrement de l’Ancien régime. »
……….
Ali Baddou : « Il est intéressant de voir comment la Révolution change tout (…) Avec la proclamation de la souveraineté du peuple, il s’agit moins de commander que d’entraîner les masses sans qu’elles s’en aperçoivent (…) On n’est pas si loin de cette problématique là aujourd’hui ? »
 
DDV : « Non et je crois que l’enjeu c’est toujours d’arriver à apprivoiser et à maitriser les passions pour leur donner un objectif et entrainer effectivement (…) Aujourd’hui encore, il faut essayer de faire converger les esprits ; c’est tout l’enjeu démocratique pour rendre possible ce qui ne le serait pas. Si chacun dans notre coin nous nous attelons à faire une réforme ; nous n’y arriverons pas. Il faut arriver à entrainer et c’est bien toute l’ambition du pouvoir politique : entrainer, rendre possible à force de convictions, à force de galvanisation, rendre possible ce qui ne le serait pas. »
……..
 
DDV : « Je suis convaincu que dans la Démocratie, et c’est un point de divergence avec Régis Debray qui pense que c’est irréversible, cette tyrannie de l’image, de l’émotion, du spectacle. Moi je pense que dans une démocratie, le citoyen ne cesse d’apprendre et il ne cesse d’apprendre qu’il y a des choses vaines. Et l’image et l’émotion, quand elles sont surmultipliées, eh bien finissent par lasser et finissent même parfois par se retourner contre leurs auteurs. Je le vois aux Etats-Unis où trop d’images tue l’image donc il faut déjà chercher à anticiper  là où le citoyen se situera dans quelques années. Là où on pourra plus facilement le convaincre et je crois qu’il ne faut pas du tout être esclave du temps et l’homme politique doit être capable d’anticiper ou en tout cas de s’opposer à un certain nombre de facilités d’une époque. »
 
Ali Baddou : « Est-ce que Nicolas Sarkozy incarne aujourd’hui le Bonapartisme ? »
 
DDV : « Je n’ai jamais considéré que cette famille politique se situait dans l’héritage et la continuité du Bonapartisme qui est beaucoup plus rugueux que ne l’est, aujourd’hui, ce courant d’idées à partir duquel se nourrit Nicolas Sarkozy. Je crois que le Bonapartisme est beaucoup plus ancré dans un tempérament historique qui recherche la difficulté ; c’est infiniment plus rude, le Bonapartisme alors que là chez Nicolas Sarkozy, c’est beaucoup plus une science de la modernité, c’est beaucoup plus une capacité à gérer les esprits, à séduire les esprits. Je crois que ce sont deux registres totalement différents. Il y en a un qui se situe dans la tradition du commandement militaire et on le retrouve jusqu’au Général De gaulle. Là, nous ne sommes plus du tout dans la tradition du commandement militaire. Nous sommes dans un exercice de convictions, de séduction, d’apprivoisement, de répétition. Je crois que ça n’a rien à voir avec le Bonapartisme.
 
Ali Baddou : « C’est quelle Droite qui est au pouvoir aujourd’hui ? »
 
DDV : « Je crois que c’est beaucoup plus une Droite soucieuse de correspondre à une époque, donc soucieuse de saisir des opportunités. Si le mot n’était pas malsonnant, je dirais une Droite opportuniste, mais je crois que c’est beaucoup plus ça, c’est une Droite qui s’adapte, qui essaie de se renouveler, de se repenser en permanence; c’est une Droite un peu tourbillonnaire mais je ne crois pas du tout qu’elle se situe dans cette tradition historique que nous évoquions tout à l’heure.
 
Ali Baddou : « Vous vous y reconnaissez dans cette Droite là ? »
 
DDV : « C’est pas du tout ma famille de pensée, ni de sensibilité. Moi j’appartiens à quelque chose de beaucoup plus rugueux une fois de plus. J’ai beaucoup moins le sens du compromis et beaucoup moins le goût des opportunités que celle-ci (…) J’ai toujours préféré être dans l’arrière-scène que dans l’avant-scène ; je trouve qu’on voit mieux les choses quand on les regarde de côté plutôt que devant un peu aveuglé par les spots et par les lumières. »
…..
 
Sur l’esprit de Liberté
 
DDV : « Le reniement en quelque sorte de l’esprit de liberté à travers l’évolution révolutionnaire, fait qu’on s’est tourné vers autre chose et c’est vrai que l’égalité égalitariste, c’est vrai que la vanité par laquelle Napoléon a beaucoup commandé la France, ont en quelque sorte trahit l’idéal de liberté et je reste convaincu que s’il y a une grande mission historique aujourd’hui dans notre pays c’est de replacer la Liberté au cœur des choses ; nous n’aimons pas assez la Liberté et ça me frappe et ça me fait peur aussi. C’est plus facile de gouverner à travers les hochets que de gouverner à travers cette espèce de vertige qu’est celui de la liberté qui conduit l’homme à donner le meilleur de lui-même en se plaçant en situation de responsabilité. Donc je suis plus dans la logique Responsabilité/Liberté que dans la logique Egalité/Vanité. »
 
Intervention d’Alain-Gérard Slama : nous n’en reproduisons qu’un tout petit extrait. Son intervention est, comme à son habitude, remarquable et nous vous conseillons de l’écouter dans son intégralité. Dans cette intervention Alain-Gérard Slama évoque, entre-autre, « le  rôle des Libéraux dans la construction du mythe de Napoléon et sa récupération par les Conservateurs, les hommes de l’ordre et de la Droite autoritaire. » 
AGS poursuit avec: « Quand à l’homme du 18 juin et au fondateur de la Vème République, la composante bonapartiste du Gaullisme n’est plus à démontrer. » AGS souligne « le rôle majeur des Libéraux qui sont aussi des hommes d’ordre dans l’entretien d’un mythe qui  crée un climat favorable à la prise de pouvoir par les hommes d’autorité. » puis il s’interroge : « Notre vie politique entretiendra t-elle longtemps encore cette forme d’adolescence ? La Démocratie c’est vrai, n’a rien d’exaltant ; elle a besoin de s’incarner dans un homme pour ne pas vaciller mais on serait heureux qu’il ne soit plus nécessaire d’accoucher la France au forceps pour la moderniser ! »
 
DDV : « J’adhère tout à fait à ce que dit Alain-Gérard Slama (…) Je crois que les Libéraux doivent aussi faire leur examen de conscience. Les Libéraux ont mis en avant, pour l’essentiel, le libéralisme économique et ils ont oublié que, dans le fond, ce qu’il fallait d’abord sauver c’est le libéralisme politique. Nous Français, avons joué un grand rôle dans l’éclosion de ce libéralisme politique mais nous avons en quelque sorte renié cette réflexion pour nous laisser aller à une stricte vision économiste du Libéralisme qui je crois a, peu à peu, flétri l’image libérale dans notre pays. Elle s’est très fortement éclose dans les pays anglo-saxons mais c’est vrai qu’en France, elle n’a jamais pris racine. »
 
Ali Baddou : « Qu’est-ce qui vous inquiète dans le fonctionnement de la démocratie française aujourd’hui? »
 
DDV : « La multiplicité des défis ; le sentiment que peut-être par incapacité à faire face aux défis les plus importants, nous détricotons des choses essentielles de notre pacte républicain. Moi je pense qu’il faut garder ce pacte républicain, le défendre, à aucun moment le renier et parallèlement accepter les refondations essentielles là où il faut les faire. C’est vrai qu’en matière économique, c’est vrai qu’en matière sociale, il faut reprendre les choses, refonder. Refonder ça ne veut pas dire replâtrer et ça veut dire aller suffisamment en profondeur pour que les fondations nouvelles aient une légitimité. Je crois que c’est la vraie difficulté de la réforme aujourd’hui, il faut qu’elle soit légitime. Pour qu’elle soit légitime il faut qu’elle s’impose à chacun comme étant la meilleure possible et c’est là où les grands débats nationaux sont indispensable. »
 
Ali Baddou : « Mais la légitimité on l’a à travers le suffrage universel. Là pour le coup on vient de trancher la question, non ?
 
DDV : « C’est une bizarrerie de la démocratie. Le suffrage universel c’est une idée relativement récente dans l’histoire de l’humanité et il y a d’autres légitimité que le suffrage universel mais je pense que le suffrage universel ne suffit pas à fonder la légitimité. La Nation c’est un plébiscite de tous les jours.Si le suffrage universel n’est pas renouvelé par la vérité et le résultat et c’est quelque chose qu’il faut porter tous les jours, eh bien la contestation, très vite, se développe et cette légitimité originelle s’effrite. Vous savez, gouverner dans un quinquennat c’est 5 ans, l’élection c’est 1 jour ! Il faut, tous les jours, qu’il se passe quelque chose qui conforte la démocratie. Et c’est là où la relation entre le peuple et les gouvernants est essentielle. Comment ressourcer en permanence cette relation ; c’est une des grandes difficultés sachant que bien souvent la transparence dite médiatique est en fait une immense opacité.
 
Sur le dossier iranien :
 
DDV : « Nous savons tous, historiquement, que les sanctions sont une arme à double tranchant et difficiles à mettre en œuvre (…) Une grande partie des entreprises américaines n’appliquent pas ces sanctions (celles économiques votées par les Nations-Unis contre l’Iran). Donc il faut savoir que cela (les sanctions) fait partie d’un dispositif mais que ce dispositif à lui tout seul ne suffit pas. Si on veut vraiment marquer des points dans cette affaire, il faut ajouter, superposer différents éléments. Il y a les sanctions, bien sûr ; il est très important de poursuivre des négociations et pour arriver à une négociation utile avec Téhéran, il faut ajouter au paquet, d’autres éléments, les Européens ont initié les choses (j’étais moi-même à Téhéran avec les Allemands et les Anglais). Il faut que les Américains rentrent dans la partie. Sans les Américains il n’y a pas de négociation sérieuse possible avec Téhéran. Et puis il faut aussi que ceux qui sont les plus proches de l’Iran ; je pense en particulier à la Russie, acceptent de rentrer dans le jeu (…) Il y a, à mon sens un troisième volet qui est important car il faut, à mon sens, ne pas être amnésiques, le problème de la prolifération ne fait que commencer et quelque soit l’issue des choses à Téhéran, c’est un problème qui se pose maintenant à l’ensemble de la planète. C’est tout le problème du Traité de non prolifération et ça implique que nous réfléchissions, que nous posions la question de la sécurité régionale particulièrement pour le Moyen-Orient. A terme c’est une réflexion sur la dénucléarisation de l’ensemble de cette zone. »
 
Parmi les fondamentaux de notre pays, Dominique de Villepin cite la politique étrangère de la France.
 
DDV : « Bernard Kouchner, en employant les mots qu’il a employé ne se mettait pas dans la meilleure situation pour essayer de trouver des solutions (…) On a régulièrement voulu améliorer nos relations avec les Etats-Unis et puis nous avons, c’est vrai, été déçus, successivement, à plusieurs reprises, par la politique étrangère de l’Administration Bush, mis devant le fait accompli ; une administration qui n’écoutait pas ses alliés, et Tony Blair en sait quelque chose ! Donc je crois que le réalisme nous a conduits à nous adapter. Alors qu’il y ait une bonne intention aujourd’hui dans la volonté d’améliorer les choses avec l’Administration Bush oui, mais pour quoi faire ? (…) Je pense qu’il faut être très prudents quand on veut prendre des tournants en matière de politique étrangère parce qu’on touche aux fondamentaux d’un pays. Il y a un terrain d’entente national, il y a  une forme de consensus qui s’exprime sur la politique étrangère. Avant, par exemple de toucher aux relations entre la France et l’OTAN, il faut vraiment y réfléchir. Je crois que de ce point de vue là, les déclarations du Ministre de la Défense étaient un peu légères. On ne peut pas dire que la France chipotait vis-à-vis de l’OTAN. Ce n’est pas chipoter que de poser des conditions pour l’engagement sur tel et tel théâtre des opérations. Ce sont des choses très importantes et qui touchent à la sécurité de la France. Je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu’on puisse être immunisés d’une quelconque façon vis-à-vis du terrorisme et je pense par contre, je pense quand même, qu’en matière de vulnérabilité au terrorisme, il y a des positions, il y a des attitudes qui peuvent accroître ce risque donc, il faut être conscients des conséquences pour notre pays même.
 
DDV : « Le problème c’est quelle politique étrangère ? Or je pense qu’il y a pour la France un enjeu central. C’est la question de notre indépendance parce que derrière la question de notre indépendance c’est la question de notre crédibilité, de notre légitimité et de l’écoute que nous avons sur la planète. Tout ce qui peut limiter cette indépendance fait que la voix de la France, en particulier dans le vaste monde, c’est-à-dire le Sud, eh bien est diminuée. Si nous perdons cette légitimité là, nous trahissons, je crois, une partie de notre idéal national… »
 
DDV : « Il faut toujours conserver ce qui fait notre différence, notre capacité à parfois mieux comprendre un certain nombre de crises, mieux comprendre un certain nombre de peuples. C’est vrai que nous sommes en proximité avec le Proche et Moyen-Orient, le Monde arabe, l’Afrique du Nord. Nous sommes en proximité avec l’Afrique. Tout ce qui peut atténuer, diminuer notre légitimité est inquiétant… »
 
DDV : « La parole n’est qu’un des éléments mais quand la parole obscurcit l’action, eh bien il faut s’inquiéter (…) Le discours diplomatique ne doit pas tuer l’action diplomatique. »
 
Sur la relation Europe/Etats-Unis d’Amérique et l’éventualité du retour de la France dans le commandement militaire de l’OTAN :
 
DDV : « (…) Les Américains ne sont pas prêts, aujourd’hui, à évoluer. Ils le seront peut-être dans quelques années et les Européens n’ont pas montré une très grande capacité à s’imposer dans le débat transatlantique. Voilà encore un sujet qu’il faudra bien ouvrir : la relation entre les Etats-Unis et l’Europe et c’est vrai que nous sommes aujourd’hui en Europe sur un mode mineur. Chacun est dans une course personnelle, nationale, vers Washington ; personne n’a encore pris la dimension indispensable d’un pilier européen qui apporterait au monde une vraie vision en matière de sécurité et une vraie capacité à agir sur les théâtres. C’est pour ça, préservons l’indépendance avant d’entrer dans un dialogue avec les Etats-Unis où nous serions affaiblis et, pour une part, un tout petit peu discrédités.
 
Ali Baddou : Est-ce que vous pensez qu’il y a une part de réalité quand le Président de la République revendique le leadership en Europe, lorsqu’il revendique non seulement un retour de la France en Europe mais d’en être le moteur et le meilleur porte-voix ?
 
DDV : (…) Chaque fois que nous faisons une part de notre chemin avec un autre Européen, il faut mettre en avant l’autre Européen. Je crois que ça fait partie de la gestion familiale mais aussi de la gestion diplomatique donc, se mettre en avant est parfois contre-productif sauf quand on est dans des débats à puissance symbolique et politique essentielle. C’était le cas de la guerre en Irak. Le leadership français était indispensable pour permettre aux autres pays du Sud, qui sans nous n’auraient pas pu assumer leurs responsabilités. Je me rappelle encore le Mexique, le Chili, les pays Africains, le Pakistan, nous dirent : nous avons besoin de la France pour affirmer nos convictions. Si la France ne met pas son véto, si elle n’assume pas ses responsabilités, nous ne resterons pas en première ligne face aux Américains qui alors nous écraseront en jouant de la division de nos pays sur la scène internationale et en jouant de nos intérêts. Donc là, il y avait un leadership à assumer ; nous l’avons fait ! »
 
Sur la politique intérieure.
 
DDV : «  (…) Nous avons tous une responsabilité collective. Je suis convaincu que l’avenir de notre pays pour des décennies se joue aujourd’hui et convaincu que si ces choix ne sont pas les bons choix ; si ces choix ne vont pas suffisamment profondément dans le laboratoire politique français, eh bien nous allons rater une occasion historique de faire ce travail de refondation et d’aménagement (…) Je constate aussi que les phénomènes de Cour sont plus puissants que jamais et là aussi je pense qu’il faut que les hommes politiques de tous bords jouent à plein leur rôle. Je constate enfin que jamais, sans doute, les pouvoirs n’ont été autant apprivoisés ; c’est vrai du pouvoir médiatique ; c’est vrai du pouvoir judicaire ; c’est vrai du pouvoir législatif et qu’il convient de créer davantage de dissonance. L’intelligence nait toujours du choc des idées (…) »
 
DDV : « L’UMP fait une erreur historique. Si l’UMP n’avait pas pris une forme d’indépendance vis-à-vis de la Majorité que j’ai conduite, rendant ma tâched’ailleurs beaucoup beaucoup plus compliquée, jamais Nicolas Sarkozy n’aurait été élu. Comment peut-on  espérer gagner les élections dans 5 ans sans avoir justement cette force indépendante, capable d’être fort critique d’ouvrir de nouveaux chemins. »
 
Ali Badou : « Vous êtes le Sarkozy du nouveau quinquennat ? »
 
DDV : « Pas ça car ce n’est pas le modèle qui est le mien, mais je pense qu’il faut des aiguillons ; il faut des questions (…) Tout nouveau pouvoir a tendance à circonvenir la critique. Je crois que la politique d’ouverture permet aujourd’hui de débaucher des hommes ; ce qui m’intéresse moi c’est que ce sont les idées qui progressent, voire qui galopent dans notre pays. Si les hommes qui arrivent dans notre Majorité deviennent très silencieux sur leurs convictions et sur leurs idées : nous avons un problème (…) Donner l’image du « tout est possible » parce qu’un nouveau pouvoir est capable de donner la main au premier qui passe, je ne crois pas que ce soit la bonne, ni la juste idée de la politique ! »
 
Sur l’utilisation du secret Défense et sur l’indépendance de la Justice
 
DDV : « (…) Le secret Défense en tout cas, ce n’est pas l’occultation de la vérité et de ce point de vue là, il faut certainement trouver des passerelles, des accommodements (...) On pourrait imaginer qu’au-delà de rendre publique telle et telle pièce, elle ait un pouvoir d’appréciation sur le fond et qu’elle fasse rapport en quelque sorte (…) Je pense qu’il est temps, il est temps, en France, que l’on se dote d’une Justice indépendante. Or, les moyens d’impression du pouvoir politique sur la Justice sont quotidiens, ne serait-ce qu’à travers les promotions. Quand vous disposez des hochets qui permettent de promouvoir la haute hiérarchie judiciaire, eh bien vous disposez d’un moyen d’influence considérable (…) L’indépendance de la Justice, c’est un enjeu national ! (…) Il faut beaucoup de sérénité pour traiter le dossier de l’indépendance de la Justice mais je crois que nous sommes arrivés à un point où les Français ont le droit d’avoir une Justice qui, véritablement, ait toute sa légitimité, toute sa crédibilité.»
 
Sur la relation Franco-Allemande :
 
DDV : « (…) L’objectif aujourd’hui, c’est de trouver des vrais terrains d’entente avec l’Allemagne et vraiment créer une concertation (…) La relation Franco-Allemande mérite des sacrifices parce que c’est l’intérêt de la France, c’est l’intérêt de l’Allemagne et c’est aussi l’intérêt de l’Europe.
 
Sur le progrès dans le domaine des libertés politiques :
 
Alain-Gérard Slama : « (…) On imagine très bien, l’actuel Président de la République, dire « mais je fais avancer la liberté politique au sens américain du terme, c’est-à-dire les corporations, les groupes, les communautés, les discriminations positives etc, etc » et d’un autre côté il y a une autre conception des libertés politiques qui est la Liberté, la conception  individualiste Républicaine, universaliste (…) Il n’en reste pas moins que c’est sur ce point que j’aimerais vous entendre, parce que je crois que c’est un problème crucial, et puis ça serait assez bien qu’un membre du comité constitutionnel vous entende également. Actuellement ça pourrait ne pas être totalement inutile. »
 
DDV : « (…) Le principe d’Egalité entre les nationaux, et les règles qu’on applique à nos nationaux en matière civile et celles qu’on applique aux étrangers ; je pense en particulier aux tests ADN, à mon sens ne doivent pas connaître de différences. Donc je pense que cette pratique est tout à fait contestable et sur le plan du respect de la Loi, et en même temps sur le plan de nos principes républicains. Au-delà de ça on voit bien que le Parlement n’a aujourd’hui pas la capacité à peser sur le débat public ( …) Sur le plan des libertés politiques, je pense que le Parlement doit retrouver ses droits (…) »
 
Au sujet des discussions actuelles sur nos Institutions, et sur la situation critique des médias :
 
Corinne Lepage : « Est-ce que vous avez une idée, Dominique de Villepin, de ce que vous souhaiteriez pour l’évolution des Institutions de la France? Sûrement !»
               
DDV : « Une idée, oui ! Je crois d’abord que la Constitution de 58, avant d’y toucher, il faut y réfléchir de très près (…) Si elle a pu fonctionner avec François Mitterrand et le Général De Gaulle ; il n’y a pas de raison qu’elle ne fonctionne pas avec Nicolas Sarkozy ! Il faut un équilibre au pouvoir et LE REGIME PRESIDENTIEL, j’allais dire, EST UN RISQUE POUR NOTRE PAYS. Je crois que la concentration du pouvoir à travers le régime présidentiel c’est le risque de voir le pouvoir personnel s’installer (…) Je le vois à travers la situation des médias dans notre pays ; spontanément la capacité de peser sur des groupes industriels ; la capacité de peser à travers l’information qui est donnée aux journalistes fait que la liberté se gagne et elle se gagne difficilement et il vaut mieux, de ce point de vue là, plusieurs pouvoirs qu’un seul pouvoir. Donc l’équilibre des pouvoirs, le jeu des contre-pouvoirs surtout dans une société qui ne comporte pas de contre-pouvoir (…) Nous mettons notre avenir, à mon avis, en péril en nous en remettant à un personnage providentiel ; je ne crois pas au personnage providentiel en politique ! (…) Je ne crois pas du tout que le Président et le Premier ministre sont interchangeables le moins du monde. Ils doivent être complémentaires (…) C’est une garantie pour les libertés (…) »
 
 

Publié dans Dominique de Villepin

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laetimeg 26/09/2007 16:22

Ce qui me fait rire avec Fillon et surtout ce qu'il me fait dire qu'il y a une justice dans ce pays, c'est qu'il n'arrêtait pas de se moquer de Villepin car il disait qu'on le voyait peu dans les sondages.
Mais, Villepin n'est pas obsédé par le fait d'apparaître dans les médias. ce qui n'est pas le cas de notre cher Fillon que l'on "aperçoit à l'Assemblée" (A la Une de Libération) ou dont qui on se moque par ce type de blague: "Y a-t-il un Fillon dans l'avion?"

Alors, Monsieur Fillon, on fait toujours le PAON????

Laetimeg de http://AvecDDVillepin.space-blogs.com/

FH 26/09/2007 15:54

PS:je ne savais pas que Fillon appartenait à cette clique de DECLINOLOGUE ??? J'avais une plus meilleur opinion de lui malgré ses choix lors des élections (D'ailleurs stupide règlement de compte je dois dire la France ne méritait pas cela...)ce doit etre frustrant pour lui d'avoir notre bien aimé président pour chef car il faut le reconnnaitre il est loin devant...

FH 26/09/2007 15:40

Avec DDV on est comme toujours au NIVEAU META c'est clair et limpide comme de l'eau de roche ça résonne comme une évidence(et comme je l'ai déja dit précédement c'est un homme qui donne du SENS).A l'opposé de ce qu'on peut observer ces derniers temps.On nous parle de CACOPHONIE je préfère concernant ce qui se passe actuellement employer le terme de SCHIZOPHRENIE (on gouverne au grès des sondages maintenant c'est nouveau ça, ça vient de sortir ???...).
Toutes les déclarations précédentes de notre bien aimé président allaient dans le sillage du CHOCS DES CIVILISATIONS (Or hier je m'en réjouie il n était plus dans cette logique mais jusqu'a quand???...).
Et enfin je voudrais ajouter une dernière remarque il n'a toujours pas compris qu'il était un AMBASSADEUR DE LA FRANCE (je cite "j'adore la nourriture américaine ect ect...")et qu'il devait promouvoir la France à l'étranger, s'il préfère les USA il peut toujours s'expatrier(comme il le dit si bien "LA FRANCE TU L'AIME OU TU LA QUITTE"...rires...)

Laetimeg 26/09/2007 13:54

Je n'ai pas encore pu écouter l'interview dans son intégralité mais il est vrai que DDV pose LES Réelles questions cruciales et stratégiques du point de vue de notre modèle, nos institutions et notre représentation à l'étranger à travers notre politique étrangère.
Je ne dirai pas qu'il pose ses questions de façons simples mais plutôt qu'il les observe sur le bon angle.
Quand il parle de Liberté ou de rapport entre les institutions alors que même les socialistes (les dirigeants du moins) ne se posent même plus ses questions FONDAMENTALES... on voit bien que Villepin se pose en tant que "La Voix sage", ou même l'aiguillon comme il dit.
C'est très agréable et c'est (aussi) pour ça que j'apprécie cet homme. Car, il a une vision (qui peut ne pas être la même pour tout le monde) mais qui a au moins (et même surtout) le mérite de garantir les valeurs françaises...

Laetimeg de http://AvecDDVillepin.space-blogs.com/