Villepin s'en prend aux pouvoirs: interview

Publié le par L'équipe du blog

Dominique de Villepin dresse un portrait plutôt sombre de l'Empire. De Napoléon à Nicolas Sarkozy, l'ancien premier ministre attaque l'esprit de cour d'hier et d'aujourd'hui. 

Après la victoire de Nicolas Sarkozy, l'avenir de son ancien rival Dominique de Villepin semblait devoir se réduire à ses études napoléoniennes. Un exil intérieur forcé pour ce diplomate qui n'a jamais affronté le suffrage populaire.

Cinq mois plus tard, il est omniprésent. Attaqué sur tous les fronts, mis en examen dans l'affaire Clearstream, il passe à l'offensive. Au point que les Français le considèrent désormais comme l'une des figures principales de l'opposition, loin devant le socialiste François Hollande.

L'ancien premier ministre nous reçoit en jeans et veston de velours, dans son bureau situé dans une annexe du Ministère des affaires étrangères.

- Pourquoi ce nouveau livre sur Napoléon, premier d'une trilogie sur le Consulat et l'Empire?

- J'essaie de proposer un regard un peu original sur la chute de l'Empire. Ma conviction est que cette fin ne vient pas par hasard, qu'elle ne se résume pas aux déroutes militaires des dernières années. Le Corse apprivoise en quelque sorte la Révolution en dotant la France d'institutions stables, mais il le fait au mépris d'une certaine idée des libertés et surtout, au travers de l'esprit de conquête: de surenchère en surenchère, l'Empire est comme suspendu à la gloire et à la conquête. Dès que la mécanique s'enraye, dans les années 1807-1808, l'Empire révèle sa fragilité: il est miné de l'intérieur.

- Vous soulignez l'effet néfaste de l'esprit de cour, «consubstantiel à l'esprit français».

- La cour, identifiée et localisée sous la monarchie, ne disparaît pas avec la Révolution. Elle devient clandestine et se mue en esprit de cour, à travers réseaux, clans et coteries, fragilisant du même coup la capacité du pouvoir à s'affirmer clairement. En France, les relations entre le pouvoir et la société n'ont depuis jamais réussi à trouver un juste équilibre.

- La présidentialisation du régime, souhaitée apparemment par la commission Balladur chargée de dessiner des pistes de réforme des institutions, est-elle une solution?

- Le régime présidentiel ne me paraît pas adapté à l'esprit de nos institutions. D'abord, je crains le pouvoir personnel, dans un pays prompt à suspecter cette tentation. Ensuite, si ce n'est plus le premier ministre, mais le président, qui «détermine la politique de la nation», comment fera-t-on en cas de cohabitation?

- Etes-vous aujourd'hui dans l'opposition?

- Non. C'est parce que j'estime que le pays a une chance historique d'être réformé que je m'exprime. Le changement est engagé, je dis simplement qu'il faut le faire du bon pied. Il faut se concentrer sur l'essentiel, les réformes économiques et sociales, et ne pas se disperser. En envisageant des réformes institutionnelles, voire un retour dans l'OTAN, en imposant des tests ADN aux immigrés, on risque de diviser la majorité et le pays au lieu de le rassembler.

- Qu'est-ce que l'affaire Clear-stream? Un complot politique? Un scandale industriel?

- La falsification des listings me paraît d'autant moins politique qu'on sait qu'elle est intervenue dès 2003, alors que je n'ai été saisi du dossier qu'en 2004. De nombreuses personnes figurant sur les listings sont issues de groupes industriels, signe qu'il pourrait s'agir de règlements de comptes: on oublie un peu que cette affaire succède à une autre, l'affaire Lagardère-Thomson, qui avait défrayé la chronique dans les années 1990. Je veux simplement ramener cette affaire à de justes proportions et souligner que s'il y a dénonciation calomnieuse dans ce dossier, on ne saurait en aucune façon m'associer à tout ça. 

- Dans le dossier EADS, connaissiez-vous dès janvier 2006, comme l'affirme Arnaud Lagardère, les intentions de son groupe de vendre une partie de sa participation dans EADS, vente qui lui a rapporté gros et qui a coûté cher à l'acheteur, la Caisse des Dépôts?

- Il y a eu une information de Matignon sur l'aspect général de cession des actifs du groupe Lagardère. En revanche, je n'ai jamais été saisi à propos du rachat de ces actifs par la Caisse des Dépôts et je n'ai pas été informé à l'époque des difficultés que rencontrait Airbus. Dans cette affaire, l'Etat a bien fait son travail.

Le soleil noir de la puissance, par Dominique de Villepin. Editions Perrin.
Source: http://www.24heures.ch

Publié dans Dominique de Villepin

Commenter cet article

mathilde 17/10/2007 10:45

SARKOZY & NAPOLEON : les cibles de VILLEPIN
un article aujourd'hui à la "Tribune de Genève"

http://www.tdg.ch/pages/home/tribune_de_geneve/l_actu/monde/detail_monde/(contenu)/146426

mathilde 17/10/2007 10:24

"Les Echos" de ce matin posent la question : Dominique de Villepin inquièterait-il le pouvoir exécutif ?

http://www.lesechos.fr/info/france/4635782.htm