Quelques passages de l’entretien accordé par Dominique de Villepin à Guillaume Durand. Nous vous conseillons vivement de l’écouter car comme l’a très bien dit Mathilde c’était du Villepin !
Sur l’indépendance du Kosovo :
« Dans ce contexte l’essentiel c’est de tout faire pour maintenir une position unie de l’Union Européenne : des messages clairs tant vis-à-vis de la
Serbie que du Kosovo. Mais on ne peut pas être sans inquiétude devant la montée des passions dans cette région aussi proche […] »
Sur son rôle actuel :
« Je suis observateur pace que je n’ai pas de rôle actif dans la vie politique mais acteur parce que, en conscience, j’interviens dans la vie politique.
C’est pour cela que je ne transige pas avec les convictions qui sont les miennes. Ma démarche, ce n’est pas une démarche partisane c’est une démarche de conviction. »
Sur la laïcité :
« C’est avec conviction que je défends à la fois, bien sûr, des principes mais que je m’engage sur des questions qui me paraissent essentielles pour notre
pays aujourd’hui. Je prends un exemple parce qu’il faut être concret : la laïcité. Pourquoi aujourd’hui rouvrir ou risquer de rouvrir des plaies autour de cette question, quand on voit que
dans le monde entier cette question religieuse enflamme les esprits, crée beaucoup de tumultes et de violence alors même que nous avons appris, par notre histoire à parcourir un chemin qui
nous a rassemblés autour de cette loi de 1905. La laïcité est un principe essentiel et intangible de notre République et je parle de la nécessité de ne parler que d’une seule
voix sur ce sujet […] »
Sur la politique étrangère
« Est-ce qu’il faut rouvrir des débats comme la question du retour de la France dans l’Otan ? Pourquoi aujourd’hui s’engager à créer une nouvelle
base militaire au Moyen Orient ? Ce sont des questions qui ne sont pas des questions légères qui doivent être traitées de façon sérieuse et approfondie à travers un grand
débat. Mais la priorité pour moi c’est la réforme économique et sociale parce que nous devons réussir […] »
Sur la manière dont son engagement politique est perçu
« Ceux-là même qui devraient comprendre de façon efficace, utile, les messages qui leur sont adressés, je ne sais pas pourquoi, tendent justement à les
mal comprendre. Si ceux qui ont en charge la réforme de notre pays ne saisissent pas les messages à temps, eh bien ils ne saisiront pas l’occasion de redresser
la barre […] c‘est une conception à mon sens trop partisane, trop pavlovienne de la politique […]»
Sur une adaptation française des néoconservateurs américains
« Je pense qu’aujourd’hui la tentation de la politique telle que nous la voyons se développer en France, est une conception qui tend à nous rassembler, à
nous faire évoluer vers quelque chose qui n’est pas effectivement, la tradition gaulliste. Moi je ne suis pas un partisan passionné de la tradition mais par contre, je
suis un convaincu de la nécessité de respecter l’identité française, convaincu qu’il y a un certain nombre de fondamentaux : la laïcité, la politique d’équilibre, je crois que ce sont
des choses importantes […] »
Diagnostic de la situation actuelle
« La grande erreur c’est quand on s’éloigne du diagnostic. Quand j’étais Premier ministre, il y a presque un an, nous avions une situation économie qui
était meilleure qu’aujourd’hui. Nous avons une tendance de croissance qui est vers 1,5% selon le FMI ; nous avons un déficit commercial qui est entrain d’exploser, plus de 40
milliards ; nous avons une situation de déficit budgétaire qui tend à s’accroitre ; vraisemblablement une situation du chômage qui va soit stagner, soit régresser : prenons la
mesure de la situation […]
Sur Clearstream :
« Ma sérénité est totale. Ce que je peux vous dire c’est deux choses. La première : non seulement je suis serein parce que je suis innocent mais je
sais que cette sérénité est justifiée par le fait que la vérité me donnera raison. Il n’y a aucun fondement juridique à une quelconque accusation aujourd’hui, et par ailleurs il n’y a pas la
dimension politique qu’on a voulu y mettre. Quand on est sûr qu’il vous sera rendu justice ; quand on est sûr que la vérité apparaitra, il restera alors deux questions, deux questions :
qui a falsifié les documents, bien sûr mais par ailleurs, qui et pourquoi a permis cette instrumentalisation ? […] J’irai jusqu’au bout de la vérité parce que je suis bien sûr le
premier concerné et non seulement cette vérité je ne la crains pas, mais je la veux ! »
Sur ses relations avec Nicolas Sarkozy :
« Il n’y d’autant moins de rivalité que nous n'avons jamais eu les mêmes ambitions. Ce qui est vrai c’est que nous sommes extrêmement différents, que
nous représentons deux traditions politiques différentes et que nous sommes deux personnalités, deux tempéraments profondément différents […] Quand la vie
politique se simplifie par trop, se personnifie par trop, le risque alors c’est qu’on multiplie les erreurs, qu’on multiplie la confusion et que cette confusion l’emporte. »
Au sujet du mémorial de Gaulle et de la famille gaulliste :
« Je suis un homme libre, indépendant et guidé par des convictions. Je suis profondément ancré dans le gaullisme ; profondément
fidèle à cette exigence : je n’ai jamais hésité à intervenir sur le fond des dossiers. Je l'ai fait comme ministre de l’intérieur. Rappelez-vous contre le communautarisme, contre la
discrimination positive, contre les quotas, pour la laïcité. Je n’ai jamais changé d’avis sur ce qui pour moi constitue l’engagement profond de ma vie politique. Alors, que le monde change autour
de moi, qu’il y ait le désir peut-être de marquer des ruptures qui ne me paraissent pas opportunes par rapport à cette réalité française, et que j’éprouve donc le besoin de défendre ces valeurs,
c’est une vérité, et je suis profondément fidèle à mon engagement et je le resterai !
Le siège de l'UBS à Münich perquisitionné par la police fédérale allemande, bien renseignée.
Des nouvelles angoissantes pour nos élites européennes qui ne fraudent jamais le fisc et ne touchent jamais d'argent sale arrivent de Suisse, après le désastre du Lichtenstein pour ces mêmes honnêtes citoyens.
Sans parler des sommes appartenant aux très intègres mafieux russes et aux honnêtes officiels chinois qui ignorent même le mot "corruption".
Un peu de lecture pour suivre les faits.
-----------------------------------------------
Les coffres suisses dans l'œil de Berlin
Sid Ahmed Hammouche Et Patrick Vallélian
Markus B. est inquiet. Depuis quelques jours, cet expatrié trouve que son passeport allemand est lourd à porter dans les milieux zurichois de la finance: «J'ai l'impression que tous les Allemands employés par les banques suisses passaient désormais pour des espions au service de la chancelière Merkel», constate ce cadre allemand d'une grande banque de la Bahnhofstrasse. «Mes collègues me regardent de travers depuis que les services secrets allemands ont acheté des DVD contenant des listes de clients de banques du Liechtenstein.
La rumeur dit que le BND (Bundesnachrichtendienst) a placé ses agents dans tous les établissements de Vaduz à Genève en passant par Monaco, Andorre et Zurich pour traquer les fraudeurs allemands du fisc.»
Voilà qui ne va pas améliorer l'image de la main-d'œuvre allemande en Suisse alémanique, constate encore Markus B. «Déjà qu'on est soupçonné d'envahir votre pays. Maintenant, on va nous dire qu'on est la cinquième colonne.»
Ce cadre allemand ne croit d'ailleurs pas si bien dire. Depuis que les autorités allemandes ont démasqué la semaine dernière des centaines de personnes soupçonnées d'avoir planqué des milliards sous les fenêtres du prince Alois du Liechtenstein, la Suisse se prépare au pire.
Task Force suisse
Les James Bond germaniques auraient-ils aussi infiltré nos coffres-forts? A-t-on vendu sous le manteau à Zurich des DVD contenant des listes des bons clients des banques helvétiques? Le secret bancaire tiendra-t-il face aux millions que verse le BND pour obtenir des preuves de fraude fiscale? Toutes ces questions et bien d'autres occupent depuis quelques jours les services secrets helvétiques et les spécialistes de protection de données.
«Nous avons mis en place une Task Force chargée de parer à tout acte d'espionnage financier», confie une source sécuritaire suisse. «Les Allemands peuvent très bien s'attaquer à la place financière suisse. Ce qu'ils ont fait, c'est un vrai travail d'espionnage. Mais attention, ils ne sont pas les seuls.
Les Russes et les Chinois font le même travail.
Plus de la moitié de la fortune russe serait placée dans nos banques. Il est clair que les services russes de renseignement essaient de pister ces flux financiers entre Moscou et Zurich.»
Chaque année dans son rapport sur la sécurité nationale, l'Office fédéral de la police (Fedpol) met en garde le milieu de la finance contre le vol des données et l'intelligence électronique. Et ce malgré le fait que la Suisse joue la carte de l'entraide judiciaire généralement et que la loi helvétique impose aux banquiers de dénoncer les cas litigieux de fraude fiscale et autres crimes financiers. Un spécialiste du renseignement suisse nuance néanmoins: «Les banques n'ont pas besoin de la Confédération pour assurer leur protection. Elles le font très bien elles-mêmes. Et ce n'est pas l'argent qui leur manque.»
N'empêche, les bureaux munichois du groupe bancaire suisse UBS ont été perquisitionnés mardi par les limiers allemands dans le cadre de l'enquête sur la vaste fraude fiscale. «Les autorités voulaient trouver des informations sur un cas précis», confirme Serge Steiner, porte-parole de l'UBS. «Mais nous ne souhaitons pas en dire plus à ce sujet, ni commenter cette affaire du fisc allemand. Allez plutôt parler avec les banquiers privés genevois! Ils ont sûrement des choses à dire.»
Une affirmation qui fait sourire Martin Somogyi, porte-parole de la banque privée Julius Bär. Mais il ne la commentera pas. «Nous avons pris toutes les mesures préventives nécessaires pour protéger nos données informatiques», se borne-t-il à expliquer. «C'est pour cette raison notamment que notre banque n'offre pas de e-banking à ses clients. En outre, nos méthodes de recrutement sont très sensibles.»
Reste que les banquiers suisses, englués dans la crise des «subprimes», sont gênés par le sujet et préfèrent esquiver nos questions en expliquant qu'ils ne sont pas directement concernés par le cas liechtensteinois. «Nous n'en savons pas plus que ce qu'en disent les journaux», ose même la porte-parole du Crédit Suisse.
Dans les coulisses, les banques suisses s'interrogent tout de même sur l'éthique du Gouvernement allemand qui a agi de manière illégale pour obtenir des informations. Erich Samson, professeur de droit pénal à Hambourg, se pose la même question: «En Allemagne, l'opinion est divisée sur les méthodes de nos services secrets. La justice peut-elle voler des données pour punir des fraudeurs? Je réponds non. Ce qui est plus absurde, c'est qu'il n'est même pas certain que l'Etat puisse utiliser ces informations lors d'un procès étant donné qu'elles n'ont pas été récoltées de manière légale.»
Erich Samson qui a réalisé une étude poussée sur la place financière suisse, joue néanmoins les oiseaux de mauvais augure. «Si Merkel a lâché ses agents sur Vaduz, ils sont aussi actifs à Zurich ou à Genève. C'est là où les Allemands planquent leur magot», poursuit le professeur hambourgeois qui dénonce au passage le manque d'entrain helvétique dans la chasse des planqueurs d'argent au noir.
Pour les Allemands, comme les autres pays membres de l'Union européenne, il n'est tout simplement pas moral que l'évasion fiscale ne soit pas considérée en Suisse et au Liechtenstein comme un délit pénal.
Et tant que le secret bancaire helvétique protègera les fortunes cachées, nos voisins utiliseront toutes les méthodes possibles pour forcer le coffre-fort à croix blanche.